Artisan

Artisan d'art ?

Consulter la définition du Robert est plutôt décevant : « Personne qui fait un travail manuel, qui exerce une technique traditionnelle à son propre compte, aidé souvent de sa famille et d’apprentis… » et, citant Malraux : « J’appelle artiste celui qui crée des formes et artisan celui qui les reproduit ».

Une première question s’impose : Comment définir celui qui à la fois, crée et reproduit ? La réponse serait un « Artisan d’Art ». Lire la suite ci-dessous ...

Sur cette page : Un témoignage direct accompagné de quelques photos de l’activité.

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« Un travail manuel », certes, mais il manque dans notre définition une condition : Avoir l’idée, savoir imaginer et mettre en œuvre toute la chaine de moyen pour la concrétiser. Aujourd’hui, même si le geste ancestral demeure indispensable, les techniques traditionnelles s’enrichissent en permanence de nouveaux moyens, et rester « à jour » est une nécessité vitale pour l’artisan. L’artisan est un chercheur en perpétuel apprentissage.

Mais le savoir-faire et une chose mais doit se conjuguer au faire-savoir. Réaliser les plus beaux automates de la planète n’et d’aucune utilité si ils restent dans l’atelier. Ici encore, la veille et l’observation permanente du contexte est indispensable.

Il faut l’avouer, l’Artisan regimbe à déléguer, et pas seulement pour une question de cout. La représentation sur internet est une de ces fonctions vitales qui exige une vigilance permanente et une mise à niveau régulière. Je tiens à m’en occuper moi-même ce qui explique le graphisme inhabituel du site. J’y tiens.

En fait, le produit lui-même n’est que la partie émergée d’un organisme complexe ou se combinent des compétences très diverses : Imaginer, réaliser et mettre en œuvre, mais aussi présenter, conseiller, maitriser les supports de communication et présenter un projet, tenir une comptabilité, des outils de gestion, …

Homme-orchestre ou couteau Suisse ? J’aime assez l’expression « Homme à tout faire » !

Commençons le plus intéressant pour moi : la création de modèles. La difficulté est de ne pas s’emballer… Si il est possible de repousser la limite de faisabilité, il ne faut pas oublier que créer des modèles est très couteux, en temps et en moyens financier. De plus, il est impossible de s’y consacrer totalement ce qui serait pourtant un impératif. Ensuite, il s’agit d’assumer une prise de risque : Il n’est pas du tout certain que mes clients adhèreront à mes géniales créations…

Fabriquer commence par gérer un stock de matières premières ici très diverses : Métaux bruts, visserie (plus de cinquante références indispensables), matériaux composites, tissus et fourrures, outillage, consommables en tous genres. N’oublions que pour fabriquer nous avons besoin … d’ateliers. Ateliers au pluriel car presque toutes les activités exigent un local dédié, c’est maintenant le cas ici : Mécanique, métallerie, électronique, modelage et moulage, peintures, couture, menuiserie sans oublier le studio photo-vidéo, le bureau, l’emballage et le stockage.

La maintenance et les réparations. Les automates destinés à la location doivent rester en parfait état. Deux cas se présentent : La maintenance au cas par cas (très chronophage), et la mise au dernier standard ; Il s’agit, du fait des améliorations provenant de la recherche et de la pratique, de mettre à niveau tous les modèles existants : En clair, tout doit être « au top ». Et encore l’organisation de la logistique, ce qui inclus l’étude des emballages, des notices et instructions d’utilisation, les expéditions et bien sur les retours. Or, si un vieux Mas situé en zone de montagne convient bien à l’activité de fabrication, la gestion des expéditions est disons … Pittoresque.

Last but not least : Trouver des clients : gérer le site internet demande une vigilance permanente, sans parler de sa création. L’animation étant notre crédo, présenter nos productions en mouvement a toujours été une priorité, depuis la présentation de nos marionnettes en VHS (Ce qui m’avait rapporté un prix au Salon du Jouet en … 1988. A l’heure des connexions par modem, de savantes manipulations me permettaient de montrer les automates en mouvement sur des fichiers animés de 150 à 200 k octets ! Aujourd’hui en HD sur le site et les réseaux.

Malgré tout, il faut dire que le contact direct avec nos clients nous manque ce qui m’a décidé à revenir sur les salons depuis 2 ans. Encore une « spécialité » et une prise de risque financière. Et la paperasse ? Merci à la micro-informatique, à ses tableurs, à l’e-mail, aux pièces jointes en pdf…

La définition du Robert indique « à son propre compte ». Rappelons qu’avec le statut d’artisan, les biens personnels de l’entrepreneur sont dans tous les cas mis dans la balance ce qui renforce encore cette notion de « propre compte » et, à mon sens de crédibilité.

Mais nous n’avons pas évoqué LA condition ; plus importante que les business-plans, le savoir-faire, la technique, les plans trésorerie, de la recherche et l’innovation et du développement. Il n’existe pas de formation pour l’acquérir, on ne peut pas l’acheter, la déléguer, mais peut être la transmettre. Cette condition est un grain de folie, d’irrationnel, d’intuition qui sont le seul moyen de surpasser le doute.

Etre artisan, c’est créer une sorte d’organisme doté d’organes de perception, de réflexion, d’action sur la matière, avec ses facultés d’adaptation, de résilience, son énergie moteur à l’action… Une sorte de mécanique avec sa force motrice, ses transmissions, ses leviers, son usure naturelle, son esthétique, … Mais, cela ressemble à un automate ! Pour joliment conclure, un petit témoignage encourageant : Jean-Sébastien Bach se définissait lui-même comme un artisan.